quinta, 11 maio 2017 20:52

Les forces spéciales s’ouvrent aux start-up

Written by PAR FABRICE DELAYE - Bilan
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Démonstration militaire lors du salon Sofins près de Bordeaux. (Crédits: Mehdi Fedouach/AFP)

Les grands industriels ne sont plus les seuls à pouvoir répondre aux besoins des militaires. Cette année, les start-up ont leur entrée dans la version française du département Q de James Bond.

Face à la foule: deux pick-up. Dans les dernières lueurs du couchant, trois hélicos de l’escadron du Poitou déposent un commando. Un haut-parleur explique que, renseigné par un informateur local de la présence dans l’un des véhicules d’un chef terroriste, ordre a été donné de le «traiter». Cinq minutes plus tard, l’hélico de transport repart sans que l’on sache si le chef terroriste a été fait prisonnier ou éliminé. 

Mis en scène pour les 4000 visiteurs du Sofins (Special Forces Innovation Network Seminar) dans le camp de Souge, à l’ouest des appellations Pessac- Léognan du Bordelais, cet exercice résume l’état d’esprit des 4400 hommes des forces spéciales françaises engagées contre les extrémistes islamistes, de l’Afghanistan au Mali. Il souligne le rôle croissant, dans l’appareil militaire, de ces acteurs agiles, réactifs mais aussi  de plus en plus «geeks» face à des menaces rendues imprévisibles par l’accessibilité des technologies civiles comme les drones équipés de grenades par Daesh. «Nos forces ont besoin de technologies structurantes qui leur feront gagner quelques secondes sur l’ennemi», résume l’amiral Laurent Isnard à la tête du commandement des opérations spéciales.

Pour obtenir ces technologies, les forces spéciales, dont la devise est «Penser autrement, agir différemment», ne se tournent plus seulement vers les grands industriels de la défense comme Thalès ou les suisses SIG et Ruag. Comme Israël ou les Etats-Unis avec la fameuse agence Darpa, elles font leur marché auprès des jeunes pousses innovantes et se sont converties à l’innovation ouverte.

Sur le stand de la Direction générale de l’armement (DGA), on nous explique ainsi que le pacte Défense-PME, mis en place en 2012 et doté d’un budget annuel de 830 millions d’euros, finance des thèses universitaires, des crédits dits «Rapid» (Régime d’appui pour l’innovation duale) pour les start-up et a même un projet de fonds Intelligence Campus pour appliquer les progrès de l’intelligence artificielle au renseignement. Les forces spéciales peuvent, elles, court-circuiter les processus normaux de commande de la DGA et tester des prototypes comme un système antidrones récemment en Irak.

S’ils n’ignorent pas que ces nouveaux mécanismes jouent un rôle dans la compétitivité des entreprises, les militaires restent dans une logique de défense. «Les menaces changeant de nature avec le terrorisme et devenant plus diffuses avec la cyberguerre, nous avons besoin d’innovation ouverte. D’où l’association des forces spéciales avec les start-up qui partagent la même culture d’agilité», explique un responsable de la DGA. Sur son stand, on découvre le bracelet connecté Feeltact de communications par impulsions tactiles, développé pour les malentendants et adopté par les forces spéciales parce qu’il permet de communiquer dans un silence total.  

Une session de pitches «durcis»

 

Organisateur du Sofins et président du Cercle de l’arbalète, Benoît de Saint Sernin veut accélérer ce rapprochement. Après une sélection de 61 candidats, 11 start-up étaient ainsi invitées à pitcher devant un parterre d’officiers non seulement français mais aussi canadiens, sud-américains, africains, moyen-orientaux et asiatiques. Avec ses 260 exposants, le Sofins attire 91 nationalités. 

C’est que les nouvelles technologies ont souvent des caractéristiques duales, civiles et militaires. Par exemple, In&Motion a développé des airbags réutilisables et intelligents. Déclenchés par ses contrôleurs inertiels qui analysent 1000 fois par seconde les mouvements, ils détectent une chute de motard ou de skieur. L’entreprise travaille à l’intégration de sa technologie dans un gilet pare-balles pour les soldats.

Cruciales, les télécommunications sont au centre de nombreux développements. Fondateur de Green Communications, le professeur Khaldoun Al Agha a ainsi développé un réseau basse consommation et déployable à la demande pour créer une bulle utilisant les technologies internet mais séparée du réseau pour un groupe de personnes ou un essaim de drones. Allpriv présentait un dispositif destiné à sécuriser l’accès à une clé USB ou à un wi-fi d’hôtel pour les hommes d’affaires et BlackBoxSecu une solution de chiffrement des communications vocales. 

A côté des drones, comme celui pliable et étanche de Diodon, la géolocalisation est aussi au centre des intérêts des forces spéciales. Développée pour les géomètres, l’application Geoflex apporte une précision à quatre centimètres en recoupant les flux de divers réseaux satellites. De quoi préciser la position d’une parcelle mais aussi la désignation d’un objectif pour une bombe radioguidée. 

Sur son stand, Vricon faisait la démonstration de cartes aériennes numériques. D’abord destinées à estimer la couverture d’une antenne de téléphonie mobile, elles sont réemployées pour estimer la vision d’un sniper en fonction de sa position.

Même les outils du marketing trouvent un nouvel usage au sein des forces spéciales. Othello, qui utilise la reconnaissance faciale pour jauger des émotions des internautes de sites de l’e-commerce au travers de leur webcam, propose de se servir de cette technologie pour jauger de la fiabilité des informateurs sur le terrain. 

Il n’est pas sûr que les forces spéciales, dont certains commandos utilisent jusqu’à 35 000 technologies différentes, s’approprieront toutes celles des start-up. Mais pour Benoît de Saint Sernin qui nous a confirmé que les start-up suisses seront les bienvenues lors de l’édition 2019 du Sofins, il ne fait guère de doute que les innovations en amont des jeunes pousses apportent des avantages uniques. S’il est nécessaire de «durcir» ces technologies pour les rendre robustes, elles ont en effet l’avantage d’aider les forces spéciales à remplir ce qui devient le cœur de leur mission: anticiper

 

Read 120 times Last modified on quinta, 11 maio 2017 21:02

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